• Écrire. Un caractère

Mise en page 1Auteure
Christiane Veschambre
Collection « singuliers pluriel »
Récit
80 pages, 12 x 15 cm
Parution : février 2018
ISBN : 978-2-917751-93-0 / Prix : 14 euros
Publié avec le soutien de la région Bretagne

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Présentation du livre
C’est une œuvre totalement habitée que Christiane Veschambre signe ici en s’attelant à l’écriture, sa pratique, au point de faire de l’acte d’écrire un caractère : un sujet à l’existence propre, un organisme vivant. Dans un texte justement nommé « À propos d’écrire » (dans La Ville d’après, Le préau des collines, 2007), elle disait déjà cette tentative « impossible. Ratée d’avance », mais ajoutait : « Je le fais pourtant, sachant cela, parce que c’est comme parler d’une personne aimée et absente ».
Au long de textes d’une page la plupart du temps, comme autant de tableaux où l’on suit le « personnage » (retenons la défiance de Christiane Veschambre à l’égard du terme, parce qu’« Écrire n’a pas de biographie »), où il est campé comme un être physiquement présent aux côtés de l’auteure, on découvre qu’Écrire « ne veut pas travailler », « aime ce qui surgit », « veut un certain sommeil », « tout à coup ne veut plus », « n’apprend rien » (comme l’Ernesto de Duras qui ne veut pas retourner à l’école, « parce qu’à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas »), « aime marcher », « n’aspire pas à l’originalité », « parfois fait le mort », « ne peut prévoir »… Plus enfant buté et sauvage qu’être de papier ou esprit éthéré, Écrire est d’une exigence, d’une intransigeance extrêmes — « Écrire n’aime pas composer ».
Portrait d’Écrire, donc, qui ne cesse de « travailler » l’écrivant, de l’entraîner loin de la posture de « quelqu’un-qui-écrit », hors de tout confort : « Écrire vit comme Penser : il n’a jamais de provisions, encore moins de biens, il lui faut tout recommencer à chaque fois — il lui faut à chaque fois commencer ».
S’écartant de toute généralité sur la création (justement, « échapper à l’objet – de la parole, du discours »), la simplicité du ton, la familiarité parfois (« Écrire voudrait ne rien foutre », « se pointe »…), le recensement d’attitudes, de traits réalistes, créent un décalage très vivifiant dans l’écriture par ailleurs toujours extrêmement ciselée qui nous permet d’entendre (d’atteindre) la profondeur de la réflexion. Christiane Veschambre rend ainsi avec justesse « l’accès de vie » la traversant par l’écriture, ce qui « passe » par elle pour la « déloger » de son moi. Qui passe par l’écoute (ou le surgissement plutôt) de sa « disposition subjective infiniment secrète » (citant Gilles Deleuze) comme par le grondement en elle de la basse langue (titre de son précédent livre), cette langue « souterraine », étrangère à toute légitimité extérieure et par là impérative et fondamentale : une langue à la hauteur d’Écrire, qui « n’a de cesse de vérifier le travail d’ajustement de vos mots. Et pour cause, il s’agit de son corps, de l’ajustement de vos mots à son corps ». Une langue profondément incarnée.


« “Écrire refuse d’aller au travail, de se mettre au travail. Il ne veut pas s’asseoir à son bureau, remplir ses heures, et boire un whisky sa journée faite. […] Écrire aime bien qu’on s’occupe. À certaines occupations. Écrire invente son travail.”
Ainsi commence, et ne finit jamais, l’histoire d’Écrire, personnage qui habite chez Christiane Veschambre depuis un certain temps et a tendance à y faire sa loi (ou sa non-loi, si l’on préfère) depuis pas mal d’années déjà. Mais le libraire est-il si bien informé ? »
alapagevichy.blogspot.fr, 24 février 2018

« On redoute en lisant le titre du dernier ouvrage de Christiane Veschambre de se retrouver face à un énième texte de celui ou celle qui s’écoute écrire pour se raconter, dans la narration ou dans l’essai, tentant de disséquer ce geste par tous les bouts et aboutir aux mêmes fadaises et dispensables platitudes psychanalytiques. “Écrire”… quel verbe mais aussi quel prétexte narcissique. En 1993, Marguerite Duras aussi écrivait son
Écrire ; un transitif, une mise en danger : “Ça va très loin l’écriture … Jusqu’à en finir avec”, jugeait-elle, signant là son meilleur texte. Autour il y a eu des tentatives, des imitations, du papier gâché et beaucoup d’ennui. Puis il y a eu Christiane Veschambre – “enfin !” aurait-on envie d’ajouter. […]
Christiane Veschambre a privilégié le vivant à l’œuvre dans le geste d’écrire, faisant de lui une entité distinctive, “un caractère ai-je choisi de dire, car il ne s’agit pas de psychologie mais de signes distinctifs. […] Un nom propre, sans nom dans ces pages qui parlent de lui.” Ainsi s’impose Écrire, capable de disparaître, prompt à manifester son angoisse, acceptant de reprendre confiance, ajustant les mots et lui, le verbe. Le voici donc qui met l’auteur à son pas. Écrire doit avec les mots de la tribu faire apparaître, surgir, entendre, exister, lancer à la traverse du vivant parlant ce que la musique, la peinture, la danse, lancent à travers lui sans les mots.”
En dressant le portrait de ce
petit anarchiste qui ne veut d’aucune contrainte – que les siennes”, le reflet de l’auteure se dessine. Christiane Veschambre est là, tour à tour contemplative et aux aguets, prête à se faire déloger” des contingences du quotidien pour suivre Écrire qui semble toujours marcher devant. Il est un impératif, un diktat, souvent capricieux mais parfois généreux, le seul capable de l’emmener vers cette intimité qui déjà résonnait haut dans Basse langue : Quelle est cette langue que tu ne parleras jamais, qui aurait été la langue de ton peuple-à-venir ? La langue opaque qui trébuche sur les mots. C’était à toi de buter et d’approcher pas à pas de l’obscur consistant de la langue basse. Ta libre langue à toi : basse et libre.” Langue souterraine et précieuse, qui sait gronder quand il le faut, la seule capable de nous tenir au plus juste, à distance des lieux communs. »
Benoît Colboc, « Écrire, ce petit anarchiste », Lundioumardi, 13 mars 2018

« J’aime et je l’ai dit à de nombreuses reprises tout ce qu’écrit Christiane Veschambre. J’aime aussi sa personne. Et je ne saurais trop recommander à ceux qui ne l’auraient pas encore vraiment fait, de prendre le temps de lire
Basse langue, livre qui portant en apparence sur la lecture, plonge en fait assez douloureusement au cœur de toute l’expérience intime que peut avoir une femme de ce qui l’a mise au monde non comme structure close délimitée par un moi connaissable, mais comme puissance d’accueil, toute nourrie de ses manques et de ses incertitudes profondes.
Et c’est pour moi un plaisir que de retrouver cette fois, dans le petit livre qu’elle vient de faire paraître aux éditions Isabelle Sauvage, ce personnage d’Écrire dont elle fait ici son héros ou comme le dit le sous-titre, un caractère, insistant ainsi sur la nature profondément vitale et inappropriable de tout acte vraiment authentique de création. 
[…] Je ne puis m’empêcher de souligner à quel point notre poésie a de la chance de pouvoir toujours compter sur des auteurs, qui, par-delà les différences de génération, de formation et les spécificités de leur sensibilité, font preuve d’une semblable compréhension de ce qui, dans l’écriture, tente de relier la parole à la vie et travaille avant tout, non à produire des ouvrages, composer au passage de belles ou de jolies phrases, mais à ouvrir des chemins, et, sans non plus chercher à faire moderne ou mode, à libérer en soi ces forces qui largement nous dépassent. Comme un appel exaspéré à l’existence hors bornes. Toujours plus intensément frôlée. »
Georges Guillain, « Vie et mort d’un personnage », Les Découvreurs, 12 mars 2018

À propos d’Écrire. Un caractère, Sophie Loizeau a écrit à l’auteure :
« Je me régale, chère Christiane, d’Écrire, si Écrire admet qu’on puisse jouir de lui… Qui devient Lire pour moi sans cesser de continuer à être Écrire pour moi. En réussissant cette prouesse. C’est lui, c’est vraiment lui,  je reconnais mon Écrire dans ton Écrire, si jamais Écrire puisse appartenir… Ton livre est magnifique. Il fallait un livre pour Écrire, non pour le cerner, le détenir, mais pour en témoigner, faire taire les rumeurs, le camper dans sa réalité, puissant et merveilleux et vulnérable comme il est.  Je  recommande partout ton livre ocre rouge comme la terre d’Écrire. »

Et Ariane Dreyfus :
« Ton livre est précieux tant il est l’arpentage exact de cette expérience de vie qui ne ressemble à nulle autre. Et comme il est purement expérimental, jamais théorique, il est libérateur.
 Il y a une expression qui m’a saisie : «“Écrire vit dans la réalité neutre du vivant.” Expression qui désigne à la fois ce que nous devons être (une profondeur sans nom propre et remontant sans cesse à la surface, comme une autre peau qui nous libère du souci de ressembler à ce qu’on croit que nous sommes), et ce que nous pouvons faire, par une écoute universelle et indifférente à ce qui nous ferait particulièrement peur et qui est finalement trop peu pour qu’on s’y arrête seulement. Mieux vaut cet abandon très sage à tout ce qui tient du secret.
Et quelle belle idée d’en faire un “caractère”, une poussée invisible qui ne nous arrive ni du dedans ni du dehors, un désir sans intention, qui se tient incroyablement là, mais entre ce qui serait soi et ce qui serait un autre. »

« Que peut-on encore écrire sur ÉCRIRE, se demande le lecteur soupçonneux ? Entre essai et poème, en langue “souterraine”, c’est une véritable présence qui prend forme, prend vie, prend corps, car c’est d’un “organisme vivant” que Christiane Veschambre nous entretient : Écrire, “métier, ajusteur”. Écrire, en son “nom propre”, exige “l’ajustement des mots au corps”. De corps ou d’esprit, Écrire fait des siennes, nous tient comme il nous échappe, “Écrire ne veut pas travailler. Écrire nous travaille”. Parfois même, “Écrire fait le mort”, ou encore, il veille, taraude en dessous, en
Basse langue, sommeille à nouveau, renaît sans jamais mourir vraiment. Description d’un acharnement à l’issue incertaine, qui ne mène pas toujours où l’on croyait aller : “Écrire n’aime pas composer.” La tentative paraît souvent “ratée d’avance”. Un caractère ? Non classable. La Bruyère ne lui a pas prêté sa plume ! Non maîtrisable, rétif à la discipline, “un petit anarchiste qui ne veut d’aucune contrainte – que les siennes”. Écrire s’impose, remonte sans crier gare des profondeurs obscures. Sur le vif, de la première à la dernière page…
Christiane Veschambre nous entraîne et nous charme. Pour elle, Écrire est vivant, alors qu’on le croyait seulement vital ! Autrement dit, Écrire s’affranchit de toute sujétion à l’écrivant nécessiteux. Tornade déjouant tous les radars : “ÉCRIRE revient en s’engouffrant, n’a cure de nos attentes, renoncements, congélations, raisons, pousse avec une violence d’orage fenêtre ou porte, on est secoué, soulevé, bouleversé, on sait de nouveau qu’on habite une maison sans murs traversée des vents dominants de l’Emotion, char céleste d’ÉCRIRE.” Ecrire ne s’interdit rien : “ÉCRIRE est un extrémiste. Son travail : arriver à lire ce qu’il sait.” ÉCRIRE assume ses choix, ses conventions, ses convenances, “sans faire allégeance”. Naître, disparaître, renaître. Tout est possible. Mâle, femelle, hermaphrodite, transgenre, “ÉCRIRE a du sexe […] il ne faut pas lui raconter d’histoires, faire appel à lui (il ne répond pas) pour des représentations. […] Le sexe d’ÉCRIRE brûle et s’épanouit pour rien. On le reconnaît dans les textes qu’il lève et fait s’ouvrir.” Références à l’appui, de Duras à Quignard, de Mallarmé à Deleuze, etc. Mais l’auteure appréhende et court en connaissance tous les risques : “Parfois Lire est une menace pour ÉCRIRE.” Autre paradoxe, entre ce qui est fait et reste à faire. Rêver le livre à paraître, mais aussitôt le livre publié ne reste que “l’abandon d’ÉCRIRE”. Machinerie infernale, incarnation langagière de tous les sens en éveil…
On se laisse faussement guider, traverser, dérouter, égarer avec jubilation, par ce portrait d’Écrire. “Caractère” complice, monté, démonté, remonté cœur par-dessus tête, tout en finesse, “à tâtons : pas de secours rhétorique, seule la tension pour s’en tenir à son intime perception”. À l’écoute, sans posture démonstrative, en intelligence singulière et sensible : “Écrire n’aime pas les idées générales.” »
Michel Ménaché, Europe n° 1070-71-72, juin-août 2018

« Qui est “Écrire” ?
Qui et non pas Qu’est-ce qu’“Écrire”… “Écrire” est bien le personnage qui occupe le terrain de l’écriture. La totalité du terrain. Jusque dans les recoins les plus personnels, les recoins les plus familiers de l’auteure chez qui “Écrire” a élu domicile. Plus encore qu’un personnage, “Écrire” est Un caractère. C’est ainsi que Christiane Veschambre définit celui qui s’est imposé à elle, prenant ses aises pour l’habiter, elle, tout entière investie par lui, de fond en comble. “Écrire” est donc une entité particulière, endogène, qui vit sa vie propre à l’intérieur de celle sur qui ce caractère a jeté son dévolu sans lui demander son avis. “Écrire” est libre et n’en fait qu’à sa tête. C’est un fichu caractère. Il s’invite quand il veut comme bon lui semble. “Écrire” a ses fantaisies, ses humeurs, ses appétences. “Écrire aime le cinéma” / “Écrire n’aime pas qu’on en parle” / “Écrire aime le chemin des Brûlards.” “Écrire n’est pas une mignonne créature.” “Il est sans pitié.” “Écrire” est exclusif. Il ne transige pas. Il pousse son hôte jusque dans ses derniers retranchements et ses ultimes contradictions. Jusque dans “la solitude par laquelle il nous met en (sa) demeure.” C’est ce que la poète découvre au fur que se profile son compagnonnage avec “Écrire ”, cet hôte étrange qui la travaille de l’intérieur.
De ce compagnonnage exigeant, Christiane Veschambre fait un livre. Un livre unique en son genre. Car Écrire n’est ni un essai ni une biographie, ni un traité ad usum Delphini (à l’usage d’écrivains en herbe). Écrire. Un caractère se défausse. Écrire échappe. Rejette toute définition. […]
C’est un portrait d’“Écrire” plein d’humour, vivifiant et “incarné”, que propose Christiane Veschambre dans cet ouvrage. Une réussite. Un vrai bonheur. »
Angèle Paoli, Terres de femmes, juin 2018

« […] Christiane Veschambre tient là une ligne de force simple et singulière. Elle s’épargne les généralités et les lieux communs sur la création. Grâce à son pas de côté, qui tend à figurer Écrire en lui prêtant des traits concrets, elle crée un décalage subtil dans l’alchimie du langage en donnant une vraie vie à un objet d’étude très sérieux et souvent ennuyeux. Elle accomplit ainsi un acte précis de recension, ciselé dans la langue même et nourri du corps du texte, lequel est alors décrit en toute discrétion, car “
Écrire n’aime pas qu’on en parle. N’aime pas les mots du parler qui veulent le présenter”. Elle donne du coup accès à l’écriture, qu’elle déloge de toutes les postures acquises, pour enfin livrer Écrire dans sa pleine nudité, loin de ce “quelqu’un qui écrit”. “Écrire comme penser : il n’a jamais de provisions, encore moins de bien. Il lui faut à chaque fois recommencer”. Écrire n’est pas simple être de papier à la mine froissée. “Écrire est avant tout intransigeance”, car “n’aime pas composer”.
Ce sont des textes courts – une à deux pages, pas plus – en forme de sentences. L’exercice, dans sa visée stoïque, donne à saisir avec une humilité fondamentale l’identité instable et souveraine de l’écriture jaillissant d’une même source. Écrire. Un caractère est sans nul doute un grand livre de petit format. »
Muriel Steinmetz, « Écrire en un mot comme en cent », L’Humanité, 7 juin 2018

« Sans vraiment de développement esthétique ou théoricien, ce livre s’attache à montrer la manière dont l’écrivain serait non pas habité au sens romantique du terme ni colonisé mais plutôt animé, voire même animable par ce “caractère” indomptable – accents rimbaldiens – qui lui permet de devenir ce qu’il est quand il écrit, un écrivain peut-être libre, en tout cas, un écrivain particulier. “Écrire n’aspire pas à l’originalité. (…) Écrire est singulier. Il vit dans l’être-seul, ce lieu commun propre à chacun” (p. 47). Réflexions empiriques qui ont le mérite d’être posées et de contribuer à interroger, qu’on soit d’accord ou non, sa propre pratique. »
Ludovic Degroote, « Brèves de lecture », Poezibao, 2 juillet 2018
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