Versailles Chantiers

 

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Christiane Veschambre, texte
Juliette Agnel, photographies
Collection « ligatures »
Récit poétique
68 pages, 15 x 25 cm / 22 photos, quadrichromie
Parution : novembre 2014
ISBN : 978-2-917751-47-3 / 18 euros
Publié avec le soutien de la région Bretagne et du Centre national du livre
Prix Foulon-de-Vaulx de l’Académie des Lettres de Versailles 2015
Présentation du livre
En résidence à la maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, Christiane Veschambre est invitée à choisir un lieu de Versailles comme trame de son texte, et réalise d’emblée : à la gare de Versailles-Chantiers, où sont les chantiers ? « Dessous (…) sous les couches déposées pendant trois siècles ». « Ses rails se sont enfuis sur les lignes du temps, enfoncés dans les couches du sol au lieu de s’élancer à sa surface. »
Il se trouve que cette gare est inscrite dans l’histoire de l’auteur : l’on y retrouve ses parents, déjà rencontrés notamment dans Robert & Joséphine, et se déroulent avec eux la guerre de 39‑45 et la guerre d’Algérie. Dans d’autres plis du temps sont les chantiers qui ont donné nom au lieu, chantiers de la construction de la gare elle-même, et auparavant du château.
Christiane Veschambre laisse « affleurer » toutes ces strates en allers-retours instantanés, blocs de prose croisés par le temps présent que sont ce qu’elle appelle ses « traverses » (« le rêve, la mort, la coïncidence et l’oiseau »), elle-même se vivant « comme un hall de gare construit pour ce qui la traverse ».
Juliette Agnel est allée ensuite explorer ces lieux, revivre l’expérience d’écriture de Christiane Veschambre. Des photographies sont prises avec un appareil numérique voire avec un I‑phone, travaillées en focus très précis, presque documentaires, très « actuelles » : vues de la gare, des rames du RER… D’autres saisissent une vitesse comme hors-temps. Une série particulière est prise avec sa camera obscura numérique, dispositif de captation d’images ayant traversé les époques et revisité par la photographe, dont le résultat, ici, est l’apparition d’images comme irradiant d’un point central plus clair, des images-halos semblant en train de naître (ou de disparaître), de venir « du temps » et non de l’espace, comme si elles surgissaient de la mémoire.
Strates photographiques, strates d’écriture, replis du temps, temps croisés…


Photographies de Juliette Agnel



« Ce qui est très puissant dans ce récit, c’est la manière dont les différentes histoires apparaissent les unes après les autres, comme séparées, non reliées et comme doucement elles convergent pour se fondre en ce lieu nodal du réseau, la gare. […] “Elle est / – la lectrice – comme un hall de gare / construit pour ce qui la traverse.” Et l’autre lectrice, celle qui lit le livre, ne se vit-elle pas alors aussi comme ce lieu de passage où se croisent, se fondent les musiques, les mots, les histoires, les livres des autres. Construite pour ce qui la traverse ? »

Florence Trocmé, Poezibao, « Le Flotoir », 18 décembre 2014

« Juliette Agnel restitue justement, avec des jeux notamment sur le vert sombre des soirées pour les détails d’une voie, d’un escalier, d’une motrice, de l’intérieur d’un wagon, les vues partielles d’un bâtiment, toute la mélancolie du texte et celle que l’on attache aux gares, ces non lieux. Il y a bien ligature entre poèmes et images. »
Tristan Hordé, Sitaudis.fr, 30 décembre 2014

« Nulle fiction dans ces lignes. Christiane Veschambre ne feint pas de raconter une histoire, mais en raconte une quand même, aussi vraie que la gare de Versailles Chantiers existe, qui mêle la grande et la plus petite, ou pour être plus juste l’Histoire partagée et l’histoire personnelle. Une prose juste à la limite des vers (mais des vers tout en retenue et une écriture au couteau) […] Des traverses comme sur les voies du chemin de fer […] des choses qu’elle n’avait pas prévu d’écrire mais que la vie lui impose. On ne choisit pas ses sujets. Les résidences d’écrivain sont l’occasion de chantiers d’écriture. On ne pouvait pas mieux tomber. »

Philippe Annocque, Hublots, 28 janvier 2015

« Christiane Veschambre [pose], avec retenue, tous les éléments d’un ensemble qui va bouger constamment entre récit et poème en associant scènes brèves, fragments de vies, évocations, rencontres, va-et-vient entre passé et présent et judicieux points de repères dans le temps et l’espace.

[…] Elle plonge dans la mémoire familiale marquée par les guerres et les séparations et crée de remarquables traverses (“venues de ces choses […] que sont le rêve, la mort, la coïncidence et l’oiseau”) qui permettent au lecteur d’éprouver intensément la tension de ce quotidien qu’elle lui offre, riche de nombreuses bribes d’histoires qui partent toutes en étoile de Versailles Chantiers pour mieux y revenir.
[…] Le livre (l’objet – très élégant – constitue l’un des trois premiers titres de la collection Ligatures) donne, de plus, à voir une série de photographies de Juliette Agnel qui a, elle aussi, exploré les lieux à sa façon. Elle les saisit avec fragilité. En un léger et subtil tremblement qui parvient à donner du mouvement à chaque image. »
Jacques Josse, Remue.net, 18 février 2015

« Les rails enfuis, enfoncés, tracent la ligne de conduite et d’écriture de ce livre, […] où la prétendue “grande histoire” transporte la (mal) dite “petite histoire”, celle de ceux qui en partie subissent la grande dans leur histoire individuelle, et qu’on appelle les anonymes, et auxquels Christiane Veschambre rend honneur, vivants, sur le champ d’honneur de la mémoire. […] Par petites touches, tantôt réalistes, narratives, tantôt impressionnistes, parfois musicales, ou déviées (ses “Traverses”), Christiane Veschambre crée un temps hors temps, celui que nous lisons, où les disparus réapparaissent, aussi vivants que les vivants du temps de l’écriture, quittent l’anonymat grâce à la trace d’écriture, où Robert, Joséphine, Maurice sont portés à même temps que Colbert. La mémoire semble ici en perpétuel chantier, fragile, mais en consolidation néanmoins. À quoi les photographies répondent, par des instantanés d’immobilité, ou par des flous de vitesse, sinon des flous d’étrangeté temporelle (où sommes-nous ?, pouvons-nous nous demander).
[…] La qualité de ce récit évocatoire et en vers tient par la modestie de son entreprise, qui n’est point celle de refaire le monde ni le temps ni la poésie, mais d’inviter à se souvenir, à vraiment se souvenir, de marquer le temps par effleurements sensibles, où la mort et l’oiseau peuvent coïncider l’espace d’un instant perçu comme une fulgurance, suivant les réseaux complexes de la mémoire, comme si le passé était une apparition de l’instant. La modestie de l’entreprise veut qu’on prenne le temps de suivre le rendez-vous de la poète avec l’Histoire et l’histoire. Il y a dans ce livre une émotion contenue mais palpable. Point un tombeau, mais un chantier de fouille, est-il, qui font surgir dans le présent quelques merveilles de mémoire humaine. »
Jean-Pascal Dubost, Poezibao, 4 mars 2015

« Superbe livre-étui accompagné de photos de Juliette Agnel, écrit dans le cadre d’une résidence d’écrivain par Christiane Veschambre. “J’ai laissé affleurer. C’est un travail d’écoute, l’espace c’est la vue, le temps, c’est l’ouïe.” On peut parler en effet chez l’auteur de “poésie narrative”, là où la sensibilité effleure le réel. Il y a des personnages, nommés, datés, qui viennent d’horizons différents, de lignes lointaines, et se croisent et se rencontrent là, près de la gare de Versailles Chantiers. Il y a évidemment le poids de l’histoire avec le château qui rayonne pas loin. Et les pierres qu’il fallut transporter de l’un à l’autre pour le construire (… “et rien de ceux qui les manièrent”). La deuxième guerre mondiale, la guerre d’Algérie… Comme des strates successives à gratter sur le papier. On voit apparaître Christiane V. vers la fin du volume en train de rédiger ce que l’on est en train de lire, lorsque les voies se rejoignent. Elle parle de Gilles Deleuze : “Penseur des bifurcations, des déraillements / de la langue”, ce qui pourrait très bien lui convenir aussi. Ses récits imbriqués sont pénétrés par des “Traverses”, qui charpentent l’ensemble, poèmes indépendants et fondateurs. Ainsi à propos d’une corneille perchée : “irruption de l’insaisissable dans la paysage strictement immobilier”. Le livre se révèle comme le centre d’une étoile ferroviaire, littéraire, historique et poétique. Soudain le monde apparaît là, dans son empilement catégorique, capté précisément par l’auteur de 
Robert & Joséphine. »
Jacmo, Décharge, n° 165, mars 2015

« Christiane Veschambre se tient exactement à l’endroit où passé et présent se confondent — un carrefour où les temps se confondent.

[…] Et ce qui la traverse, elle, ce sont les autres, les trains que sont les autres, pas seulement sa mère, son père, son frère, mais aussi le meunier de Versailles Chantiers, le marchand de sandales, les tailleurs de pierre de l’époque de Colbert, l’appelé qui imprime et distribue des tracts contre la guerre d’Algérie.
Christiane Veschambre écrit comme si elle souhaitait mettre à l’horizontale, bien à plat sur la feuille de papier afin de les restituer, les entrelacs si compliqués des histoires personnelles qui font la grande Histoire de tous. »
Marie Étienne, « Les mots des autres », La Nouvelle Quinzaine littéraire, n° 1124, 16-31 mars 2015

« … on circule à la croisée de l’espace et du temps. Dans un texte liminaire, Christiane Veschambre écrit “l’espace c’est la vue, le temps c’est l’ouïe”. L’un et l’autre sont liés à travers l’Histoire et les histoires. Récit & poésie existent à ce carrefour, où l’on assemble imaginaire et réalité, faits vrais et rêves. Juliette Agnel agit de même, dans ces images dont les lignes et les couleurs floutent ou fixent au contraire l’exactitude des choses et du monde. 
C’est encore une fois un bonheur de lire Veschambre, sa tendresse pour les êtres humains et son trait incisif, toujours juste. »

Claudine Galea, CCP, Cahier critique de poésie, #30-4, 5 août 2015

 

« Il y a l’objet, sa couleur chaude, rouge brique, son format, sa texture, sa sobriété. L’ouvrir, c’est le déployer mais c’est aussi ouvrir un coffret qui peut rester entrouvert quand on le referme. Ouvert, que choisir ? Les mots, les photographies ?
Irrésistiblement, c’est par celles-ci que je commence. Leurs teintes, leur grain sténopé, leur vignetage créent l’atmosphère, l’espace et sa matière. Ainsi invitée, je m’y installe. Embarquée dans un Orient-Express imaginaire, le temps et le texte s’oublient. Quelques jours plus tard, l’oreille demande à entendre le bruit des roues sur les rails. Alors, je m’arrête à “Versailles Chantiers” et la lecture commence.
En fait, je ne me sens pas descendue du train, pas du tout. Il s’agit plutôt d’un changement de train. Me voilà cette fois embarquée pour des voyages dans le temps. D’ailleurs, ce n’est pas le temps mais des temps : passés, présents, de traverse, entrecroisés ou superposés et au final inachevés, en devenir. Des temps aux rythmes spécifiques, comme le sont ceux des trains avec leurs arrêts, leurs reprises, leurs hoquets.
Ce n’est plus la gare de “Versailles Chantiers” mais une gare qui se déploie ainsi avec l’écriture de l’auteure, pour reprendre une expression de Deleuze sur le devenir de l’écriture.
Ce livre nous offre une perception de l’espace et du temps, nous amenant à sentir la différence de nature des rythmes du visuel et de l’écriture. Avec lui, il faut du temps, s’y installer, le laisser entrouvert, y revenir. Y entrer par les photos, c’est entrer dans un espace visuel ouvert au dedans de soi-même. Avec l’écriture, c’est l’ouvert de la dynamique des rythmes continus et discontinus.
Que serait une expérience de ce livre qui commencerait par l’écriture ? Y trouverait-on la même invitation au voyage que les images photographiques nous promettent ? »
Véronique Beldent, Cahiers jungiens de psychanalyse, n° 142, novembre 2015

 

 
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