L’apprenti dans le soleil

Couv_JammeAuteur
Franck André Jamme
Collection « pas de côté »
Poésie
Édition enrichie de deux dessins de James HD Brown
134 pages, 12 x 20,5 cm
Parution : février 2018
Isbn : 978-2-917751-82-4 / 17 euros
Présentation du livre
Au secret, publié par nos soins en 2010, annonçait en quelques allusions son « frère », L’Apprenti dans le soleil, qui paraît aujourd’hui. Le novice, en filigrane du livre, reprend son chemin, ou plutôt son sillon, sa traversée du champ du réel.
C’est encore un chant s’enroulant au fil des pages, d’une voix étourdissante et chuchotante, qui nous appelle à une « manière d’abandon » contre les entraves de la pensée, qui nous entraîne à saisir « l’aubaine / de pouvoir s’échapper / en prenant un chemin / parsemé de curieux éclairs » ou « le privilège de laisser aller / autant qu’il se pouvait / la longe du sens ».
Ces pages nous emportent dans une certaine dérive, un vertige ; on est saisi d’un sentiment de l’errance, du toujours changeant, jamais établi. « Ramassage des éclats » — fluctuations et miroitements (l’éblouissement du soleil), leurres et enchantements… — qui vient aiguiser les sens et la spéculation. Avec cette lucidité que seule permet la vraie franchise d’âme (ou l’éternel apprentissage), car il s’agit bien du « cœur / l’espace entre les deux berges / du fleuve dans votre dos // susceptible de s’enfouir / dans son propre lit / à la moindre erreur », ou bien de « la vie sur les fils // à affûter votre harmonie / au-dessus du trou ».


« Une note à la fin du livre rappelle que le titre est une allusion directe à un petit dessin de Marcel Duchamp datant de 1912, Avoir l’apprenti dans le soleil, “où l’on peut découvrir un cycliste dans la position d’un sprinter sur sa ligne d’arrivée, la tête enfoncée dans les épaules mais aussi penchée vers le sol, en un ultime effort… tandis qu’il est en train de monter une vraie côte (réduite, dans le dessin, à une ligne). Un sprint dans une ascension : même si notre champion a l’air plutôt en forme, nous voilà un peu dans l’impossible, ou dans l’absurde : ou bien, si ceci et cela se fondent vraiment l’un dans l’autre, dans l’union des contraires”. Mais plus que le dessin, il semble que Franck André Jamme ait davantage retenu l’énoncé en lui-même, sa valeur quasi incantatoire : avoir l’apprenti dans le soleil. En effet, en lisant le livre, nous aurions le sentiment de faire l’apprentissage d’une lumière qui éclaire la longue scansion énumérative de Franck André Jamme. »
Jean-Pierre Ferrini, La Nouvelle Quinzaine littéraire, n° 1188, 16 février 2018

« Un ouvrage superbe. L’absence de revers revêt d’un écrin d’aplats le siège d’écritures lentes, de poésie blanche qu’enchâsse l’ocre lumineux d’une couverture dédoublée de royal, tandis qu’en frontispice, au burin de James H.D. Brown
quelques cercles de Kandinsky cillent biomorphes. Pagination discrète des seuls poèmes. De maîtrise impeccable, reprises efficaces, très composé très écrit mais sachant vertical étirer des connivences – un alanguissement étage ses stases, un savoir-faire aiguise, déguise son faire savoir. Palimpseste d’un temps oblong, tout en demi-teintes tenues à bout de bras, aux tournures familières bride lâchée à grand escient, un jeu nonchalant évidant la tension (“arbres / tendus à se rompre / entre le sol / et le reste”), encochée la flèche du Temps bruissante de son empennage, un arc décoche ses fleurs mouchetées. Le titre emprunté à Marcel Duchamp, dit l’auteur, spécialiste de Char, qui a travaillé à l’établissement de ses œuvres complètes dans la Pléiade. Un “apprenti”, un “novice”, un “néophyte”, un mallarméen de Char s’abstient de rouvrir la blessure la plus rapprochée du soleil. Avec parcimonie, avec autorité, de monostiches en distiques, tercets charnus, rares quatrains, quintils fourbus, un poète à la manœuvre, du sextant affûte le compas de deux ; en “conversion du curare / en élixir” un plus vulnérable que vulnéraire sait se garder de trop rapprocher sa blessure de son soleil. Flotte un peu de mépris d’un qui n’a pas raison dans tous ses mépris. Autoportrait en creux, en éthique, d’une fragilité de bel aloi lucidement en arrière d’un arroi solaire. En “poudres / d’espoirs broyés / simple couleur sable” l’amertume de Char a mué. »
Christophe Stolowicki, Sitaudis.fr, 21 mars 2018
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